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Lui et moi


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Lundi 30 mai 2005 1 30 /05 /Mai /2005 00:00

Oulan Bator, le 30 mai 2005

Aujourd’hui, ami lecteur, nous sommes ruines.

Notre maigre pecule, fruit de longues annees de dur labeur sous la ferule de petits chefs aussi incompetents que pulsanimes, est dispersee aux 4 vents mongols.

Fin geographe, tu sais que la Mongolie est traversee par l’un des plus terrifiants deserts de la planete: le desert de Gobi. Les conteurs aiment a dire que les hommes qui s’y perdent se dessechent comme de vieilles dattes le jour ou gelent en une fraction de seconde lorsque tombe la nuit. Nous ne pouvions manquer de nous frotter a ce puissant adversaire. N’ecoutant que notre courage, nous sommes partis tout au Sud, au coeur du plus hostile des deserts.

Gobi, en mongol, cela veut dire "grande etendue plate". Et ils ont pas mal raison, les Mongols, de lui avoir donne ce nom. Le Gobi c’est plat, tres plat. Des fois, tu crois voir une colline, mais en fait c’est un mirage. Les seules asperites, ce sont les squelettes de chameaux ou de chevaux que le soleil a creves et que les vautours ont nettoyes, ou bien encore les poteaux qui conduisent le fil-qui-parle et l’electricite.
Alors qu’on s’emmerdait ferme a regarder les cailloux ou des 4x4 avec des Allemands dedans, un evenement impromptu vint nous rappeler combien la vie peut etre fragile.

David perdit son portefeuille avec tout notre argent dedans.

"Pourquoi avoir confie l’argent a David?" est une question a laquelle nous ne repondrons pas car il n’y a aucune explication rationelle a cela. Le Gobi rend fou.

Le soir etait tombe sur le grand plateau, a peine trouble par l'irruption d’une moto zigzaguante, portant deux Mongols ivres a la recherche d’une bonne lampee de vodka, sortis de nulle part, tenant a grand peine sur leur monture. David realisa alors qu’il n’avait plus son portefeuille. Les deux pochards mis hors de cause, etant donne leur incapacite a distinguer un objet de moins de deux metres d’envergure, il fallut se resoudre a rebrousser chemin le lendemain pour tenter de retrouver ce precieux sesame egare dans les sables.

Mais ce jour la, le facetieux Gobi avait decide que le temps etait venu pour une bonne tempete de sable. Le Gobi, en pleine tempete de sable, ca ressemble a Londres, sans Big Ben, un jour de fog, avec une personne qui te projette du sable a la gueule au moyen d'une lance a incendie. Bref, c’est pas commode de chercher un rectangle de cuir de 7 cm sur 5 dans ces conditions. Nous sommes donc repartis brocouille.

C’est alors que tout bascula dans l’etrange.

Il y eut, d’abord, un representant de la police, en survetement (c'etait un dimanche), aupres duquel nous avions eu l’idee geniale de faire une declaration de perte. Il prit soin de vider consciencieusement notre camion et l’integralite du contenu de nos sacs sur la place centrale d’un village, en plein vent, pour voir si des fois on ne se serait pas un peu cache notre propre portefeuille, dans l’intention machiavelique de nous voler nous meme. Sans resultat. Il nous redigea, alors, un tres beau proces verbal, sur une feuille de cahier d’ecole, fournie par nos soins. Il ne put malheureusement y apposer de tampon officiel puisque celui qui venait de lui etre envoye d’Oulan Bator etait deja perime a reception.

Il y eut ensuite une tres vieille femme, naine, aux jambes torses, douee selon notre interprete de puissants pouvoirs divinatoires. Celle-ci, apres nous avoir harceles de questions policieres sur nos etats-civils respectifs (on se demande toujours pourquoi le lieu de naissance d’Antoine, a qui le portefeuille de David n’appartenait pas jusqu’a preuve du contraire, avait de l’importance), avoir manipule longuement quelques des et osselets, le tout dans un repaire de sorciere, plongea son regard percant dans les notres et d’une voix chevrotante nous revela l’horrible verite sur le sort du portefeuille. Celui-ci avait bel et bien ete egare… Mais son art lui permit de nous apporter de plus amples et O combien precieuses precisions.

Nous apprimes donc qu’il avait ete perdu “dans un lieu central” (centre d’un village, d’une yourte ou du Gobi; nous ne pumes en savoir plus). Mais si perdu pour nous, pas perdu pour tout le monde: elle nous revela, en effet, qu’un enfant ou adolescent de moins de 18 ans (la precision lui tenait a coeur) l’avait trouve et remise par devers lui. A l’heure ou nous t’ecrivons, ami lecteur, et compte tenu de la somme contenue dans le portefeuille, tous les nomades du Gobi ont certainement entame une periode de 40 jours de festivites, a grand renfort de banquets et de courses de chameaux.

Il y eut enfin, la rocambolesque epreuve de l’opposition a la carte bleue perdue. Certes, il faut trois jours a un nomade bien vehicule pour se rendre a Oulan Bator (seule ville de Mongolie ou l’usage de la carte bleue est possible), mais on n’est jamais trop prudent. Apres la sorciere, nous foncames donc a la Poste du village (detentrice monopolistique, dans ces contrees, des cabines publiques). Appeler le centre international d’opposition des cartes VISA est chose aisee depuis ton confortable appartement parisien (ou d’ailleurs puisque nous sommes lus partout dans le monde) mais cela s’avera plus ardu au coeur du Gobi. Il fallu d’abord, pour atteindre le guichet de l’operatrice, jouer des coudes avec de grosses femmes habilles de fausses marques qui avaient choisi ce jour pour appeler toute leurs parentes (ce qui renforca notre idee que l'organisation de grandes festivites etait en cours).

Cette epreuve physique remportee, l'operatrice du, a l'aide de son standard des annees 50, contacter la poste centrale de la province, seule habilitee a appeler a l'etranger, afin de lui communiquer le numero idoine. La poste centrale devait ensuite transferer l'appel, une fois le correspondant joint. Cela ne fut jamais possible. Cette audacieuse operation se revela etre au dessus des capacites techniques de la poste mongole, qui echoua (a moins que le correspondant VISA ne se soit lasse qu'on le fasse patienter en mongol).

L'aventure se termina dans les superbes locaux de l'ambassade de France (un appartement de 4 pieces, sis au 5eme etage d'une barre HLM, inaugure en grande pompe par Renaud MUSELIER lui-meme, plaque en faux-laiton faisant foi) quelques jours plus tard. La, dans ce petit bout de France, l'extraordinaire organisation de l'administration francaise nous delivra son chef d'oeuvre: un recepisse du formulaire CERFA approprie pour la perte du permis de conduire, redige integralement en francais, destine a prouver a toute autorite etrangere (et francophile) que David est bien titulaire d'un permis de conduire francais.

Par Lui & Moi - Publié dans : Mongolie
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Commentaires

y'avait combien de trogrod dans le portefeuille de david?
Commentaire n°1 posté par tinou le 26/06/2005 à 20h00
Avec un peu d'attention au recit, on remarque que ce texte aurait du etre intitule "Maudit Gobi, ou maudite yourte, ou maudite place de village / quelle chance d'avoir moins de 18 ans aujourd'hui en Mongolie", compte tenu de certaines revelations carabosses...
Commentaire n°2 posté par Maitre Capelo le 27/06/2005 à 08h57
Après avoir lu cela je ne peux m'empécher de citer votre article fondateur de ce blog, publié le mercredi 6 octobre 2004, je ne suis pas certain que vous ayez pesé toute la dimension de vos mots en les écrivant mais ils raisonnent aujourd'hui de tout leur sens divinatoire !
Je cite : "Et quand on aura plus rien à bouffer, au plus profond du desert de Gobi et ben on s'écartera le trou de cul pour y choper not' tenia et s'en régaler!"
Cet article se concluait sur un volontaire : "Putain, qu'est-ce qu'on va être heureux..."
Alors, heureux ?
Commentaire n°3 posté par Tonygencyl le 27/06/2005 à 09h37
Cher Tonygencyl

Merci de ton message qui nous afait tres plaisir. Toute l'equipe de Terras Incognitas voulait juste te rassurer et te dire qu'elle est heureuse, mais putain, vraiment heureuse...A s'en faire peter les os.
Commentaire n°4 posté par Terras Incognitas le 28/06/2005 à 14h17

EXTRAS

RESULTATS DU GRAND JEU-CONCOURS !!!

A titre liminaire, ami lecteur, nous souhaitons manifester notre vive et profonde deception devant le faible taux de participation à ce grand jeu-concours puisque, sauf erreur de notre part ou dysfonctionnement, a l'echelle mondiale, du reseau Internet invente par Al Gore, nous n'avons pas recu la moindre reponse au jeu-concours qu'on s'est fait super chier a organiser des jours durant...

Qu'a cela ne tienne, ami lecteur, tu as tout simplement manque l'occasion de participer a ce qui, par decision unanime de l'ensemble des membres de l'Equipe de Terras Incognitas, s'avere etre le DERNIER jeu-concours propose sur son site.

Ce petit mouvement de mauvaise humeur passé, toute l'Equipe de Terras Incognitas, qui gardera confidentielles les raisons du choix du gagnant, felicite Benjamin M., demeurant à PARIS. Il remporte le fabuleux prix dont ce concours etait dote.

A l'instar de notre precedent cadeau, l'objet offert a notre grand gagnant se compose de deux éléments distincts, l'un et l'autre etant fabriques de maniere artisanale et décorés avec un soin tout particulier par de prestigieux artistes internationaux mongols.

Cher Benjamin M., tu apprecieras sans nul doute le confort et l'esthetique de cette paire de babouches mongoles, placees ci-dessus dans leur cadre traditionel.

Tres agreables a porter en toutes circonstances, particulierement adaptees aux deplacements de la vie quotidienne, elles s'avereront ideales si tu aimes lire "L'Histoire de l'Empire mongol" de JP Roux lorsque tu es assis assis au chaud au fond de ta yourte, ou si tu affectionnes les longues promenades en 4x4 russe, sur les pistes du desert de Gobi.

Cher Benjamin M., tu risques de faire des envieux...

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