Volveremos !!! (*)
Buenos Aires - 1er avril 2005
Aujourd'hui, ami lecteur, nous sommes le 1er avril, et l'Argentin est triste. Son coeur est lourd, il en a gros sur la patate. Le temps, qui est un peu le reflet de son âme n'est pas en reste, le ciel est noir et il pleut sur tout le pays.
Qu'est-ce donc que cela te demandes-tu, ami lecteur, toi qui en France, ce jour-là, t'amuses à faire des farces à tous ceux que tu connais ? En outre, voilà un bien étrange comportement pour un peuple d'ordinaire si gai, rieur et insouciant malgré les difficiles conditions économiques qu'il connait.
C'est qu'aujourd'hui l'Argentin se souvient d'un pays qui lui a été volé par un peuple perfide, laid, à la peau laiteuse et au langage pincé, gouverné par une vieille dame qui n'aime rien que des petits chiens ridicules en forme de saucisse et dont les enfants et petits-enfants passent leur temps faire un peu n'importe quoi pour passer dans ces journaux qu'ils appellent tabloïds. Il se souvient d'un petit territoire où coulait jadis le lait et le miel, d'un petit paradis perdu. Aujourd'hui, ami lecteur, l'Argentin se souvient des Malouines.
Autrefois, les Malouines (Las Malvinas) n'appartenaient pas aux Argentins mais à sa Majesté la Reine d'Angleterre (parce que dans les monarchies rétrogrades tout appartient un peu au souverain, qui en dispose selon son bon plaisir). D'ailleurs, elles ne s'appelaient pas les Malouines mais les Falklands (parce que les Anglais ne font rien comme tout le monde -cf système métrique et conduite à droite-).
Mais les Argentins trouvaient un pŽtit peu gonflé que ces îles soient anglaises alors qu'elles sont en face de chez eux. Et comme leur gouvernement, à ce moment-là, par un heureux hasard, était assez proche de l'armée, qu'il avait zigouillé tous les opposants et qu'il se tournait un peu les pouces, il s'est dit qu'il allait aller un peu voir là-bas si des fois l'herbe serait pas plus verte.
Ce fut la guerre des Malouines. Conflit épique que les Argentins perdirent assez vite, parce que la Dame de Fer (elle aussi assez proche dans l'esprit des valeurs progressistes de l'armée) aimait pas trop qu'on vienne lui chauffer les oreilles. La Reine aussi, fort colère (parce qu'elle aime bien les confettis de son empire), envoya son fils (celui qui ressemble un peu a un steward) bouter l'Argentin hors de ses terres.
La guerre des Malouines, c'est un peu la guerre mondiale des Argentins (qu'ils n'ont pas trop faite, préférant vendre du boeuf aux belligérants, déclarer la guerre à l'Allemagne le 6 mai 1945, tout en accueillant des réfugiés aux patronymes à consonnance germanique chassés par l'avancée de la terrible armée rouge).
Du coup, il y a des monuments en mémoire de cette guerre un peu partout en Argentine pour ne pas que les Argentins oublient cette terrible traîtrise, et pour annoncer aux Anglais que l'heure de la revanche sonnera bientôt.
Car l'Argentin est avide de revanche... Pour preuve cette histoire vraie, qui arriva à un ami francais rencontré en Argentine. Alors qu'il buvait un verre dans un bar de la ville de Cordoba, son voisin anglais, passablement éméché, hurla: "las Malvinas son Inglesas". La bagarre générale qui en résulta le laissa avec une jambe cassée.
Petite anecdote qui te fera passer pour un homme bien informé dans les diners, si d'aventure la conversation s'attarde sur la guerre des Malouines : glisse malicieusement que c'est un missile français (l'Exocet) qui coula un navire de sa très gracieuse Majesté, missile vendu par le même gouvernement francais qui soutenait la cause anglaise. Tu pourras ensuite prendre un air florentin et disserter finement sur les intérêts divergeants de la raison d'Etat et des nécessités du commerce. Tu peux ensuite conclure en signalant dignement que ce coup de canif à l'entente cordiale n'est qu'une pécadille au regard de la trahison de Mers El Kebir. Si l'auditoire est réceptif, tu peux tristement préciser que la grandeur de la Royale, qui ne s'en remis jamais, sombra dans cette baie maudite...
(*) On r'viendra!!!
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