Ces gens-la ont conquis le monde...
Uulan Bator, le 25 mai 2005
Aujourd'hui, ami lecteur, nous sommes arrives derriere le mur construit par Alexandre pour enfermer les peuples demoniaques de Gog et Magog, nous voici arpentant l'empire des steppes, celui de Chinggis Khan, de Khubilai, d'Ogodai et de la Horde d'or, qui terrifierent et conquirent le monde avec leurs hommes centaures, bien avant que Cricri ne decouvrit l'Amerique ou que Marco Polo ne rapporta des nouilles de Chine, histoire de changer un peu de la pizza calzone.
Nous voila arrives en... Mongolie.
Au risque de te surprendre, ami lecteur, la Mongolie c'est pas du tout comme par chez toi, car les Mongols, apres avoir conquis le monde rappelons-le, se sont un brin reposes sur leur lauriers, un peu comme toi, lorsque tu avais eu 15/20 en sciences-nat, tu ne faisais plus trop rien en cours qu'a dessiner avec ton compas ou avec du tipex sur les tables. Et bien, les Mongols, c'est un peu pareil. Apres leurs chevauchees fantastiques, ils n'ont rien branle qu'a vivre dans des yourtes, a boire du the sale et du lait de jument fermente, et a elever des yacks, des moutons ou des chevaux en pleine nature (precisons que comme ces gens-la sont, bien sur, trop je m'en-foutistes pour mettre des clotures a leurs champs, tout ce petit monde se ballade un peu partout sur "les routes" et fait ses besoins ou bon lui semble sans utiliser de commodites) alors que le reste du monde travaillait a reconstruire ce qu'ils avaient rase.
Ce qui devait arriver arriva: les Russes, qui ne supportaient pas que l'on se la coule douce a leurs portes, sont venus mettre un peu d'ordre la-dedans, a la belle epoque ou ils pensaient que tous les hommes devaient etre des freres (surtout des ouvriers), que tous les hommes devaient s'aimer (surtout les ouvriers) et qu'il valait mieux pour eux zigouiller ceux qui n'etaient pas trop d'accord de pres ou de loin (les autres et les ouvriers) avec ce bel ideal.
Cette magnifique et fructueuse cooperation entre deux peuples reputes pour leur raffinement et la finesse de leurs moeurs a produit la Mongolie moderne. A leur depart, ils laisserent le pays sans voitures (c'est bon pour l'environnement) et soumise au rationnement (ca evite la mauvaise graisse). Un oeil averti saura deceler dans la Mongolie d'aujourd'hui les vestiges de cette merveilleuse epoque de joie populaire.
Pas plus tard que ce matin, par exemple, le necessaire achat de nos billets de train retour pour peking via le trans-mongolien nous a coute deux heures de notre temps tres precieux, de longues marches dans des dedales de couloirs, de nombreuses rencontres dans des bureaux tous gris (decores, au choix, de representations futuristes de trains datant des annees 50, ou de tableaux edifiants et criards consacres a la vie rurale et industrielle mongole) avec des pleiades de sous-directeurs en uniforme, auxquels il est de bon ton, pour faire avancer son dossier, d'offrir regulierement quelques bouteilles de grands crus francais. Nous avons vu, par exemple, une femme qui tape a l'ordinateur a un doigt, sa collegue au role mal determine (mais dont nous avons arrete qu'il etait double et constistait a chantonner des airs traditionnels tout en pliant des pochettes de billets), un homme, probablement de nationalite russe, avec des lunettes grises et fumees faisant approximativement deux fois la largeur de son visage qui lisait le Mongolian Financial Times en grommelant, nous avons vu un guichet ou il est si long d'obtenir un billet que la compagnie a ouvert un bar a cote pour ses clients (sa decoration en vrais fauteuils de bois de plastique massif vaut a elle seule le detour).
Bref, ami lecteur, nous avons passe deux heures a la Mongolian Railway, un vestige fort bien conserve du merveilleux mode de vie des pays sovietiques.